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    Imaqar Ou la mémoire oubliée

    Posté par Artisans de l'ombre le 1 juillet 2009

    Arts et Culture Edition du 11/2/2008

    Imaqar
    Ou la mémoire oubliée
    Par : Yacine Idjer

     

    Identité n Après Elégie du froid, un roman paru en 2004 aux éditions Chihab, Rachid Mokhtari, essayiste également, renoue avec l’écriture romanesque avec Imaqar.

    Imaqar, qui vient d’être édité aux mêmes éditions, est l’histoire d’un village. Tout commence lorsqu’une ambulance ramène aux villageois un mort au nom hybride (Gérard Saïd)

     dont personne ne veut. Ce nom jeté, tel un pavé dans la mare, dans le quotidien de chacun, va troubler l’ordre établi : le conseil des sages refuse son inhumation au cimetière des ancêtres, car au nom à moitié occidental, l’étranger a apporté avec lui les crapauds, une invasion d’amphibiens. A la fontaine du village, les crapauds sortent par centaines du robinet, ils pullulent dans l’abreuvoir ; de nuit comme de jour, ils s’accouplent et se multiplient. Ce fait inhabituel, les villageois le voient comme une malédiction, une profanation des ancêtres. Le mort est un mauvais sort qui s’est abattu sur le village : il n’est pas question de l’inhumer dans le cimetière des ancêtres, parmi les bonnes gens. Tous les villageois sont unanimes là-dessus.
    Seul, le Vieux, figure tutélaire, puisque c’est lui qui a réceptionné la dépouille et a signé le récépissé mortuaire, se dresse contre la déraison des uns et l’absurdité des autres.
    Mais pour accorder à cet étranger une sépulture digne et respectable, le Vieux doit, de son côté – chose malaisée – élucider le mystère qui entoure Gérard Saïd. Il s’engage à enquêter sur l’identité de cet homme au nom hybride. Qui est-il ? Serait-il un fils du village ? Autant d’interrogations viennent se bousculer dans la tête du Vieux, le rendant ainsi perplexe.
    Pour le salut de l’étranger, le Vieux s’emploie, tant bien que mal, à recomposer l’échiquier. Dans ce tableau déroutant, d’autres personnages s’invitent dans cette quête et se proposent d’aider le Vieux dans son combat pour la restitution de la mémoire collective, celle d’Imaqar, une mémoire déposée dans les archives mais qui sont refusées d’accès aux citoyens.
    Ainsi, dans une écriture simple, un langage littéraire aéré mais pertinent de par sa charge sémantique, un langage où le fantastique le dispute au réalisme, le romancier s’emploie à dire la mémoire. Gérard Saïd est la mémoire du village. Il se trouve que tous l’ont oubliée.
    Gangrené par l’ambiguïté et l’amnésie, Imaqar, qui vit dans le flou et la perte des repères, est un roman politique sur l’identité collective – le livre est une écriture onomastique à travers laquelle se profile une société perdue dans l’oubli de soi. C’est aussi une société murée dans des superstitions séculaires et pervertie par des attitudes réactionnaires.
    Le roman est un regard authentique mais critique sur la réalité de l’Algérie : démagogie, discours officiels et creux, expropriation, mensonges et tromperies, intrigues, magouilles et tribulations de l’administration politique.

    Cet article a été publié le Mercredi 1 juillet 2009 à 19:30 et est catégorisé sous 02 .Lit. algérienne. Vous pouvez suivre les réponses à cet article par le fil RSS 2.0. Vous pouvez laisser un commentaire, ou faire un trackback depuis votre site.


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