• Adriana Lassel:: un parfum de vie Damian Berrio à Blida

    Un parfum de vie, d’Adriana Lassel ( Ed. Tala, Alger, 2010)

     

    Damian Berrio le morisque à Blida

     

    Dans Un parfum de vie, Adriana Lassel continue son exploration littéraire du passé tragique et prestigieux des andalous d’Espagne entamée avec  sa saga Luckas Le Morisque  Dans  un style sobre, à la croisée de l’Histoire et de l’imaginaire,  Un parfum de vie , moins dense, plus narratif que poétique, jumelle une passion d’amour et une passion d’Histoire qui, bien que n’ayant pas de relations, ont une même saison, celle du danger du terrorisme dans l’Algérie des années quatre vingt dix, à Blida.

     

    Le protagoniste, Sadek Benmeur, être complexe, entre dans le roman quelque peu désabusé par le cours de l’histoire de son pays et de sa vie personnelle. Une seule  flamme l’anime, comme l’auteur d’ailleurs : la recherche sur la littérature  aljamiado  ( de langue espagnole transcrite en caractère arabe), notamment les textes ( lettres, carnets de voyage, journal intime) introduits à Alger par les morisques chassés d’Espagne sous l’Inquisition.

    Enseignant dans un lycée à Blida, ancienne ville d’origine andalouse, Sadek Benameur en cette fin des années mille neuf cent soixante où Blida était un « parfum de vie » rencontre Hayat ( la vie, d’où le titre Un parfum de vie ?). Les rues de la ville des roses s’épanouissent de leur amour tout aussi clandestin que les manuscrits de la littérature aljamiado qui finissent par accaparer toute l’attention de Sadek au point où ce dernier disparaît de la vie de Hayat durant une vingtaine d’années. Quand il refait surface, fort de ses découvertes de lettres   du morisque Dahmane El Andaloussi, de son ancien nom Damian Berrio dans lesquels il raconte un épisode des migrations morisques à Alger et tous les malheurs subis par son peuple.  Avec ce personnage, ami de Lucas, avec qui il retourne en Espagne, l’auteur établit un lien évident avec son précédent roman Luckas le Morisque.

    Dahmane el Andaloussi reprend vie grâce aux  recherches du professeur Sadek et il devient, entre Hayat et Sadek, un autre des protagonistes de ce roman puisqu’il prend la parole dans ses lettres. Le 16ème siècle et le 20ème siècle se côtoient, entre Dahmane el Andaloussi, alias Damian Berrio et Sadek Benameur qui, de retour à Blida, garde encore le parfum de Hayat. Il se met à sa recherche avec autant d’ardeur qu’il le fait pour les manuscrits de la littérature aljamiado. Mais les temps ne sont plus avenants. L’université qu’il retrouve est tombé en déshérence et ses anciens collègues ne manifestent plus l’enthousiasme qu’il leur a connu. Sur la ville plane les vautours. Le danger terroriste a fait se déserter la ville qu’il a connue avec Hayat pimpante et animée. Dans la tête de Sadek qui, toujours sur les traces de l’histoire morisque dont il a découvert la relation avec celle des Kouloughlis, trotte Hayat. Le récit apprend au lecteur que celle-ci après un mariage avec un Égyptien dont elle a eu un enfant au pays des Pharaons, divorce et rentre au pays avec son fils. Elle retourne dans la maison maternelle à Médéa, une région meurtrie par le terrorisme. Au moment où Sadek retrouve ses traces et qu’il réussit enfin à la joindre au téléphone, les routes deviennent meurtrières et les villages sont soumis à des incursions terroristes. Sadek fait fi du danger. Il quitte précipitamment Blida et va la rejoindre. Au moment où il arrive, une incursion terroriste assaille le village. Hayat et sa famille fuient. Il la retrouve avec son fils, miraculeusement vivants, dans une orgie de sang.

    Quels liens établit l’auteur entre cette quête du passé morisque et cette histoire d’amour vecue en deux périodes, distantes d’un quart de sicèle l’une de l’autre. Même si l’auteur se défend de n’en établir aucun lien, le lecteur pourrait y voir une similitude à deux niveaux dans la fiction : d’abord, la passion et l’obstination qui anime Sadek Benameur pour retrouver les manuscrits de la littérature aljamiado et pour renouer avec Hayat. Puis, en filigrane du texte, dans le télescopage de la période des années mille six cent trente par la,présence épistolaire de Dahmane el Andaloussi et celle des années mille neuf cent quatre vingt dix, le lecteur pourrait lire dans les lettres du morisque la même  Inquisition  qui a ensanglanté le village de Hayat. Ce ne sont là que des interprétations que laisse nourrir le récit d’autant que la trame narrative conjugue et interfère la quête du passé morisque et la menace terroriste dont les effets meurtriers déferlent dans les dernières pages du roman. D’autant que, également, le récit observe un changement d’énonciation brutale. Le roman s’ouvre avec la troisième personne puis, c’est le « je », l’univers intime de Sadek Benameur et de Dahmane el Andaloussi qui prennent la parole, qui assume donc leur histoire respective, se ressemblent, se rassemblent. C’est là, sans doute, que le récent, à ce niveau esthétique, prend ses marques et ses reliefs.

    rachid mokhtari

     

     

     

     


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    1
    lassel
    Lundi 25 Octobre 2010 à 16:45
    lassel
    nom lassel
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